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Histoire d'un quartier de Béthune : Catorive




Les origines

On ignore à peu près tout des origines de la ville de Béthune mais tous les historiens semblent d’accord pour considérer qu’elle est née autour de ce qui est devenu le quartier de Catorive.
Ce nom même paraît annoncer un château construit sur une rive de la Lawe.
Les romains lors de leurs conquêtes avaient pour habitude d’établir de nombreux forts pour la défense des zones frontières, on peut penser que l’un d’eux fut établi au milieu de ces terres fertiles en profitant d’une boucle de la Lawe, rivière alors navigable mais aussi protection naturelle.

On sait toutefois, grâce au récit de la vie de St Vaast, que Catorive était déjà un village au début du VI e siècle.
En effet, après avoir été le catéchiste de Clovis, Vaast, va être envoyé par St Rémi pour évangéliser les régions de Cambrai et d’Arras. Il incite les habitants, vers 502, à construire une église dédiée à la vierge sur le point culminant de leur village (l’actuelle place Pasteur).

Les premières traces dans les archives

 
Faute d’archives écrites, on ignore ce qu’il advint de Béthune et de Catorive jusqu’en 940.
Cependant la découverte d’une pièce de monnaie portant l’inscription « Bitunia », et datée du VIIIe siècle, semble attester de l’importance de la ville.
La cité est considérée alors comme le « 3e lieu entre les neufs principales villes d’Artois », après Arras et St Omer.
A cette date il est fait mention d’Herman ou Hérémart, seigneur de Béthune, homme d’une grande piété, qui fait reconstruire l’église du VI e siècle et la dédit à St Vaast.
Toujours identiquement située sur l’emplacement de l’actuelle place Pasteur, elle est plus grande et plus vaste que la précédente église.
Le seigneur de Béthune prend la précaution de faire protéger la construction de murailles, faites de grés tirés des carrières proches, pour la défendre des attaques.
Les Normands ont déjà ravagé la région pendant tout le IX e siècle et ces précautions semblent indiquer que Béthune sur l’emplacement de Catorive a assez d’importance pour les intéresser.
Vers 989, le nouveau seigneur de la ville est Robert 1er, qui devait laisser à la ville ses armes.
Lui et son fils, Robert II, doteront la ville d’une seconde église dédiée à St Barthélémy.
L’église St Vaast de Catorive demeure cependant l’église paroissiale.

Les temps difficiles : XIe et XIIe siècle

Le XI e et le XIIe siècles sont ceux de tous les malheurs pour la ville et Catorive.
 
Des  tremblements de terre se font ressentir en 1013, 1080, 1086, 1093 et 1094. Ils dévastent la région, provoquent des inondations qui en ravageant les champs ensemencés amènent des famines.
 
La région est aussi touchée par des épidémies de peste qui tuent plus de la moitié de la population.

En 1093, le mal des ardents atteint Béthune et un chanoine de St Barthélémy rapporte que les églises étaient remplies de malades dont les chairs semblaient se consumer jusqu’à l’os. En fait cette maladie est provoquée par un champignon, l’ergot, qui se développe dans le seigle quand l’année est pluvieuse.
Les conséquences en sont la fermeture de certaines veines et artères qui provoquent des gangrènes. Au Moyen-age, on avait l’impression que les malades se consumaient  de l’intérieur puisqu’ils se plaignaient de brûlures mais qu’au toucher leurs membres étaient glacés.
En 1188 une violente épidémie de peste sévit, de nouveau, dans la région.
Une nuit, un maréchal-ferrant de Béthune, Germon, et un forgeron de Beuvry, Gauthier, font le même rêve : St Eloi, leur saint patron, leur intime à l'un de se diriger vers Beuvry, et à l'autre d'aller à Béthune. Il leur demande encore de créer une confrérie ou charité qui inhumera les morts. Le 21 septembre, ils se mettent en route, arrivés à Quinty, ils se rencontrent et se racontent leurs rêves. Ils prient puis décident d'aller prendre conseil auprès d'un moine du couvent cistercien de St Pry à Béthune. Celui-ci les encourage à créer la confrérie demandée et à se mettre immédiatement au travail. St Eloi ne les protége-t-il pas et ne leur a-t-il pas assuré qu'ils ne seraient pas atteints par l'épidémie ? Aussitôt les deux hommes commencent à ensevelir les morts. Bientôt les habitants de Béthune et de Beuvry les aident dans leur tâche. Peu à peu l'épidémie cesse. Aucun charitable n'est mort et aucun ne mourra jamais, pendant l'exercice de ses fonctions, d'une maladie contagieuse...
Depuis, les charitables se chargent des enterrements à Béthune. Suite à l'injonction d'un evêque d'Arras leur demandant en 1853 de se soumettre à l'autorité de l'église ou de se dissoudre, la confrérie est devenu laïque. De nos jours, il assurent gratuitement le service des inhumations quelle que soit la confession du défunt. Ce sont des bénévoles de toutes origines sociales et religieuses.


La Lawe fait vivre les habitants.
Remontent par la Lawe, du vin venu de la région de Bruges, du poisson (hareng et saumon), de la laine, des peaux, du sel et des épices.
Descendent la rivière, de l’avoine, du blé, des draps, du sable, du gré et de la chaux.
La Lawe, qui se jette dans la Lys à La Gorgue permet en effet de commercer avec de grandes villes comme Gand, Anvers, Cambrai ou Valenciennes ou même avec Lille en remontant la Deûle.
Béthune est alors une plaque tournante et Catorive est le quartier où tout arrive et d’où tout part.
 
Devant tant de fléaux, les hommes de ce temps se tournent vers la religion.
Au XII e siècle, Robert IV multiplie les créations de chapelles, au Perroy, en centre ville et près de l’église St Barthélémy.
On voit que la ville s’étend et que Catorive perd de plus en plus son rôle de centre.
Cependant, encore à cette époque, tous les grains récoltés dans la région doivent impérativement être apportés et exposés pour la vente à Béthune et le transport se faisant essentiellement par voie d’eau (beaucoup moins cher), le quartier demeure essentiel.
Les bestiaux eux aussi, sont acheminés par la Lawe et les nefs qui la remontent alors peuvent porter jusqu’à 30 tonnes de marchandises.

Béthune remplace Catorive : XIIIe, XIVe et XVe siècle.
 
En 1238, quand Robert VII entreprend de renforcer les fortifications de la ville, Catorive est laissé hors des murs et devient le faubourg de Catorive ou plus exactement selon les archives, le faubourg St Vaast.
Toutefois les habitants de Catorive dépendent de la justice échevinale de Béthune, comme le confirme la charte de 1334. D’ailleurs pour éviter toute contestation, de grosses bornes de grés portant les armes de la ville sont plantées aux extrémités de ce qu’on nomme alors la banlieue. La banlieue à cette époque correspond à une zone d’une lieue (4 à 5 km) autour d’une ville sur laquelle s’exerce la justice communale (le ban).
 
En 1346, Béthune est assiégé par les Flamands et ses faubourgs détruits. Mais la ville ne se rend pas.
Elle obtient de ses seigneurs, en récompense de sa résistance aux Flamands, une charte l’autorisant à construire un beffroi de bois. Ce beffroi pourra même être pourvu de cloches et servir de prison communale. Il sera remplacé par le beffroi de grés, qui s’élève toujours sur la Grand-place, en 1388 mais il ne servira plus de prison. La ville semble s’être relevée assez rapidement puisque dès 1372, Marguerite d’Artois, reconnaît son importance, en y instituant tous les lundis un important marché aux grains.
 
En 1450, Béthune devient propriété du duc de Bourgogne Charles le Téméraire qui domine alors outre la Bourgogne, les Flandres, la Franche-Comté, l’Artois et une partie de la Belgique actuelle.
De nouveau ses fortifications sont renforcées mais Catorive reste hors les murs.
Après la mort du duc, Béthune doit passer sous la domination de la maison d’Autriche suite au mariage de Marie de Bourgogne, son unique héritière avec Maximilien, archiduc d’Autriche.
Mais Louis XI, profitant de la déroute de la Bourgogne s’empare de la ville en 1477.
Les fortifications sont de nouveau réparées.
En 1488, Maximilien d’Autriche, envahit l’Artois pour réclamer l’héritage de sa femme, Marie de Bourgogne morte après avoir donné naissance à un fils qui devait être le père du futur Charles Quint.
 
Le déclin de Catorive se confirme : XVIe siècle.

En 1510, la Lawe qui jusqu’alors n’était navigable que jusqu’au faubourg de Catorive est prolongée, par un canal de près d'un kilomètre et demi, jusqu’à la ville (en bas de l’actuelle place Joffre), dès lors le faubourg perd de son importance.
Les dépôts de marchandises sont transférés à l’emplacement de ce qui devient le faubourg du rivage (en bas de l’actuelle place Joffre).
 
En 1522, la ville est touchée par la peste.
 
En 1527, la guerre reprend entre la France et l’Espagne, l’Artois, la ville de Béthune et plus encore ses faubourgs subissent de nouvelles destructions.
De nombreux travaux sont engagés de 1528 à 1530 pour renforcer les fortifications.
Charles-Quint voulant resserrer l’enceinte des fortifications ordonne, en 1533, que l’église St Vaast de Catorive, détruite, soit reconstruite au centre de la ville, sur l’emplacement de l’église actuelle.
Il ne subsiste plus alors sur le site que le cimetière qui l’entourait.
En 1544, une chapelle y est édifiée, on y dit des messes basses les dimanches et jours de fêtes pour permettre à ceux qui sont retenus dans le faubourg par leurs tâches d'assister à l'office.
 
En 1551, Marie, gouvernante des Pays-Bas, ordonne de détruire toutes les maisons dans les faubourgs jusqu’à une distance de 400 pieds des fossés de la place. Une partie de Catorive disparaît.
 
En 1557, nouvelle peste et une fois encore, le faubourg, paye un lourd tribut. La ville perd 2000 habitants.

Les temps d'instabilité : XVIIe et XVIIIe siècle.
 
Vers 1600, la région connaît une période de prospérité. Les campagnes deviennent fertiles. Le commerce se développe.
Une faïencerie semble avoir existé au faubourg de Catorive près du site de l’ancienne station d’épuration au bout de l’actuelle rue Jean Rostand.
 
En 1615, la ville achète 2 mesures de terre près du Mont-Sorel pour y établir un hospice des pestiférés.
Malheureusement il se révèle trop petit lors de la peste qui touche la ville en 1625-1626. Philippe, roi de Castille donne 7000 florins à la ville pour lui permettre d’acheter des terrains et des bois supplémentaires pour construire des huttes où sont soignés les malades, mais aussi y établir des fosses communes. Les pestiférés y sont pris en charge par des béguines et des pères capucins.
 
En 1618 éclate la guerre de 30 ans entre la France et l’Espagne. Au début de la guerre l’Artois est épargné.
 
Mais en 1642, de nouveau, les Espagnols investissent la ville. De nouveau les faubourgs sont détruits et pillés.
 
En 1645, les Français entreprennent de reprendre la ville.
Le 26 août, lendemain de leur arrivée, le faubourg de Catorive est emporté.
La place capitule dès le 29 août.
 
En 1646, les environs de Béthune souffrent d’une attaque des Espagnols qui tentent de reprendre la ville.
 
C’est le traité des Pyrénées, en 1659, qui donne la ville à la France.
 
Entre 1679 et 1688 Vauban fortifie la ville.
Selon sa conception du « pré carré », deux  lignes de villes fortifiées doivent protéger efficacement le royaume.
La première ligne se compose des places fortes de Dunkerque, Bergues, Furnes,  Knokke, Ypres, Menin, Lille, Tournai, fort de la montagne, Condé, Valenciennes, Le Quesnoy, Maubeuge, Philippeville et Dinan.
Béthune fait partie de la 2e ligne de villes fortifiées avec Gravelines, Saint-Omer, Aire, Arras, Douai, Bouchain, Cambrai, Landrecies, Avesnes, Mariembourg, Rocroi et Charleville.  

Bethune selon Vauban
Plan de BETHUNE fortifié
 
Béthune va encore connaître lors de la guerre de succession d’Espagne un terrible siège.
Le 1er novembre 1700, Charles II d’Espagne meurt sans héritier, désignant, par testament, comme successeur un prince français, Philippe d’Anjou, fils de Louis XIV. Après avoir longuement hésité Louis XIV accepte l’héritage.
Dès 1702, une guerre éclate entre la France et une coalition formée de l’Angleterre, la Hollande, la Prusse et l’Autriche qui ne souhaitent pas voir un prince français sur le trône d’Espagne.
Dans un premier temps, les Français remportent des victoires mais en 1708, Lille assiégée tombe et la brèche est ouverte dans la première ligne de défense française.
Le 11 septembre 1709, les Français reprennent l’avantage et Villars bat les alliés mais l’hiver approche et il est contraint à la retraite.
Cet hiver 1708/1709 est un des plus rigoureux qu’ait connu la France, on raconte que le vin gelait entre les cuisines et la table du roi à Versailles.
Les habitants de Béthune et du faubourg de Catorive sont durement touchés, et les nombreux morts sont enterrés dans le cimetière du petit St Vaast qui se situe sur l’emplacement actuel de la place et de l’école Pasteur.
On en refait même la clôture car il a fallu l’étendre.
En juillet, les alliés qui viennent de conquérir Douai en juin et d’échouer devant Arras mettent le siége devant Béthune.
Le 15 juillet les faubourgs sont incendiés par les défenseurs en prévision du siège et le faubourg de Catorive est inondé par l’ouverture des écluses. Les deux moulins que possédaient Catorive, qui figurent sur un plan de 1705, et devaient se situer sur l’actuelle rue du quai de Bruay autrefois rue des deux moulins sont détruits.
Le 16 juillet, les assaillants détournent la Lawe pour qu’elle ne pénètre plus dans la ville et creusent un canal pour assécher les inondations.
A partir du 2 août Béthune est régulièrement bombardée.
Le 27 août une brèche importante est ouverte dans le mur du château (situé sur l’actuelle place Foch)
Le 29, le lieutenant-général Dupuich-Vauban, neveu du célèbre ingénieur rend la place.
Le 31 août la garnison française quitte la ville avec les honneurs de la guerre, c’est à dire avec armes et bagages, tambours battants et drapeaux déployés.

De nouveau le faubourg est reconstruit par ses habitants.
La ville reste 3 ans sous domination hollandaise.
La population vit mal cette occupation qui s’accompagne de la création de temples protestants.
Une potence est érigée sur le site de Catorive.
Le jour de l’entrée de la garnison française dans Béthune, qui est devenue définitivement française suite au traité d’Utrecht, les enfants de la ville, iront abattre cette potence et enterrer les pendus qui s’y trouvaient exposés.

La région connaît alors quelques décennies de paix et la population se développe.
Lors du recensement de 1789, Catorive compte 353 habitants ce qui en fait l’un des trois principaux faubourgs de Béthune avec ceux de Lille et du rivage
En 1779, pour satisfaire aux nouveaux besoins, un terrain est béni au faubourg de Catorive pour servir de cimetière aux défunts des paroisses St Vaast et Ste Croix.
Le premier corps y est inhumé le 16 juillet 1779.
On cesse pendant la Révolution d’y enterrer de 1794 à 1802.
Il redevient le principal cimetière de la ville jusqu’en 1840, date de l’ouverture du cimetière nord.

En 1793/1794, est construite la lunette du faubourg de Catorive, partie des remparts de la ville, située entre  les rues Pasteur et Juvénal Bienaimé : c’est un ouvrage avancé en terre, à fossés secs.

La chapelle du petit Saint Vaast dont les fondations semblent avoir été  retrouvées en 1996 et située place et rue Pasteur est acquise comme bien d’église en 1793 par Hoffman, tailleur d habits, et détruite peu après.

La transformation de Catorive : le XIXe siècle
 
En juillet 1815, des royalistes pressés soit de mettre Béthune, considérée comme ville bonapartiste, au pillage, soit de fêter en avance le retour de Louis XVIII, tentent de mettre le siège devant la ville.
Comme ils sont pour la plupart originaires de ce qu’il est convenu d’appeler le Bas-pays, ils se présentent au faubourg de Catorive avec un canon de bois monté sur des roues de chariot. La garnison tire un coup de canon et tous s’enfuient. Mais leur meneur, un dénommé Fruchart, fut plus tard nommé porte-drapeau dans la garde royale pour son coup d’éclat !
 
1825 voit l’inauguration du canal d’Aire à La Bassée qui relie la Deûle à la Lys. Il établit la communication avec les ports du littoral, les centres industriels de la région lilloise, Saint-Quentin et Paris et permet de raccourcir le trajet de 50 kilomètres entre l'Aa et l'Escaut.
Il change la physionomie de Catorive, et, si les quais de déchargement de la ville se trouvent toujours au faubourg du Rivage, il aura un rôle important pour le faubourg quand le temps des mines viendra.  


Le vieux canal
 
Le 24 juin 1852 éclate un violent incendie au faubourg de Catorive.
 
Le 26 avril 1863, nouvel incendie qui détruit une partie du faubourg. Un enfant est brûlé. Une souscription publique est lancée pour permettre aux habitants du quartier de rebâtir leur maison.
 
En 1870, le démantèlement des fortifications commence. En 10 ans, toute trace en disparaît.
 
Dès 1871, la Compagnie des mines de Bruay entreprend de creuser un rivage à Catorive auquel aboutit un chemin de fer.
 
En 1872, le quartier de Catorive compte de nouveau 138 maisons pour 597 habitants. Il vit à la fois de l’agriculture et du commerce avec les mariniers qui empruntent le canal.
 
En 1875, la gare d’eau des mines de Bruay est achevée.
Le développement de l’exploitation du charbon et cette création vont donner une nouvelle vie au vieux quartier. Des commerces s’installent à proximité des nouvelles installations.
Dès 1876, le chargement des péniches se fait mécaniquement grâce à 2 culbuteurs hydrauliques mis au point par M. Fougerat, ingénieur de la compagnie des mines de Bruay.
En 1877, une médaille est frappée pour commémorer l’événement.


  Le quai de la Compagnie des Mines de Bruay

En 1879, la Lawe entre en crue et inonde une partie de Catorive. Il en est de même en 1880, 1881, 1888, 1894, 1898.

Un début de XXe siècle difficile, la Grande Guerre

Le quartier connaît de nouvelles inondations en 1903 et surtout en 1910, année de grandes inondations partout en France.

En 1912, la Compagnie des mines de Bruay a expédié 843000 tonnes de charbon par voie d’eau.
Un tiers du charbon extrait sur ce secteur transite par le canal.
A la veille de la guerre, le port fluvial de Béthune est classé parmi les 25 premiers de France.
 
Au début de la 1ère guerre mondiale, l’avance allemande est rapide, on les voit à Noeux les Mines, dans le Bas-pays, et même dans les faubourgs de Béthune dans la nuit du 3 au 4 septembre.
Les troupes anglaises y sont pourtant arrivées dès le 9 août.
En octobre, la ville est placée dans le secteur anglais. Les habitants logent une partie des troupes.
Des mess sont installés dans des maisons particulières.
Début 1915 de violents combats se déroulent dans le Bas-pays, les blessés sont évacués vers Béthune et traversent Catorive parfois dans des autobus à impériale venus d’Angleterre.
En septembre, la ville a déjà subi 53 bombardements et reçu plus de 2000 obus.
En 1916, ce front se calme. L’ensemble de la ville continue à vivre quasi normalement, seuls des femmes et des enfants ont été évacués. Béthune est cependant bombardé le 7 août.
Le 11 août la ville reçoit la visite du roi d’Angleterre, George V, et le 16 octobre celle de Raymond Poincaré, Président de la République.
En décembre, de nouveau, la Lawe envahit le vieux quartier et toute sa partie basse se trouve sous les eaux. Les habitants se déplacent en barque et sont souvent ravitaillés par les soldats.
1917 est plus calme, même si le front est proche.
La ville n’est bombardée que 3 fois.
Le 18 décembre les obus tombent sur la sacristie de l’église St Vaast à l’heure du salut.
Les bombardements se poursuivent en janvier.
Georges Clémenceau vient à Béthune le 25 février lors d’une visite d’inspection.
En avril, les Allemands gagnent du terrain, ils arrivent sur Béthune par le Bas-pays. Fin mars, ils sont à 3 km de Catorive.
La ville subit des bombardements réguliers et le beffroi brûle.
Le 12 avril, Clémenceau est de retour. Il est décidé de tenir coûte que coûte pour préserver les mines de Bruay, Marles et Auchel. Mais Béthune doit être évacué. Des milliers de Béthunois partent sur les routes.
L’artillerie allemande semble s’acharner sur la ville.
Les armées alliées déclenche à l’été une violente offensive et le 16 octobre tout le Pas de Calais est abandonné par l’ennemi.
Enfin, le 11 novembre l’armistice est signé.
 
Catorive a souffert de la guerre, un tiers des maisons ont été détruites et un autre tiers est à abattre.
D’août 1914 à avril 1918, les quais de déchargement de la Compagnie des mines de Bruay ont grouillé d’activité.
Mais en 1918 suite à de violents bombardements, les voies ferrées ont été gravement endommagées.
La remise en état de l’ensemble des installations de la Compagnie prendra 5 ans.
Le quartier va se relever une fois de plus.

La crise des années 30 et la 2e Guerre Mondiale
 
Le quartier reprend vie notamment grâce au canal. Béthune est entre les deux guerres, un des 10 premiers ports fluviaux français.

Mais en 1931, apparaissent dans la région les premiers signes de la crise économique partie des Etats-Unis en 1929. Le cour du blé s’effondre ainsi que celui des bêtes, la période est difficile pour les agriculteurs de Catorive. Pour compenser, les paysans augmentent la production. Le Béthunois demeure calme malgré les difficultés.
Le quartier est aussi touché par la crise dans les mines amorcée dès 1930. Devant la réduction de la consommation de charbon par l’industrie, les mines réduisent leur production. Qui dit moins de charbon produit, dit moins de charbon transitant par Béthune et donc moins de commerce que ce soit avec les mariniers ou avec les employés des compagnies des mines.
 
Le 15 novembre 1933, est exécuté devant la prison à la limite du quartier de Catorive, le meurtrier d’une femme de 77 ans, ch’cabot.
 
En 1934, conséquence de l’important chômage que connaissent les ouvriers de la région, des grèves éclatent un peu partout.
Jusqu’en 1936 les troubles sociaux seront fréquents.
 
Quand la guerre est déclarée en septembre 1939, la population se rassure en voyant arriver le corps expéditionnaire britannique qui s’installe pour partie, comme lors de la Première Guerre, chez l’habitant.
Mais en mai 1940, devant l’avancée des troupes allemandes, les Anglais reculent et la population se jette sur les routes.
Le 22, l’Etat-major allié a perdu tout contact avec Béthune.
Le Nord-Pas de Calais est isolé du reste du pays.
Le 27, la région est totalement occupée.
Commencent alors quatre années d’occupation, la région est rattachée au Militärbefehlsaber (commandement militaire) de Bruxelles et isolée du reste du pays avant même la signature de l’armistice. Ceux qui avaient pu franchir la Somme ne pourront regagner leur foyer qu’en décembre 1941.
Pour les paysans de Catorive qui n’ont pas quitté leur ferme ou qui y sont retournés n’ayant pu franchir la Somme, les choses se présentent mal, des bêtes ont été tuées ou réquisitionnées, la moisson s’annonce mauvaise. Dès l’hiver suivant la région connaît une véritable crise de subsistance. A partir de mars 1941, les bouchers ne peuvent plus assurer qu’une vente hebdomadaire.
Pour les ouvriers du quartier, les salaires bloqués au taux de mai 1940, ne permettent qu’une pénible survie au prix de files d’attente interminables pour obtenir les denrées prévues par les cartes d’alimentation (quand elles sont disponibles).
En mai-juin des grèves éclatent dans l’ensemble du bassin minier : 80 % des mineurs cessent le travail soit 100000 hommes.
Devant la sévère répression, la grève cesse après 10 jours.
Et le charbon arrive de nouveau sur les quais des compagnies des mines.
Ceci jusqu’en octobre 1943, une nouvelle grève est cependant rapidement maîtrisée par les Allemands qui placent des mitrailleuses à l’entrée des fosses.
A partir d’avril 1944, pour tromper l’ennemi sur le lieu du futur débarquement, la région subit des bombardements quotidiens.
Les mines souffrent, les voies ferrées sont détruites.
En août l’occupant commence son repli, les Alliés sont à Béthune le 4 septembre.
 
Les destructions matérielles sont considérables.
Il va falloir une nouvelle fois reconstruire.
Cette fois cependant le quartier a peu souffert de la guerre.

Déclin et renouveau de 1945 à nos jours
 
Après guerre Catorive demeure un quartier vivant avec ses commerces, quelques fermes et toujours l’animation provoquée par les quais des houillères. Les compagnies des mines ont été privatisées en 1945 mais le besoin de charbon est énorme et les fosses tournent à plein rendement.
La voie d’eau, comme depuis toujours fait vivre le quartier. Jusqu’en 2000 s’y tient la bourse d’affrètement.
 
Peu à peu, les mines ferment et les quais sont abandonnés puis les commerces ferment les uns après les autres.
En 1972, le canal est rebouché et remplacé par un parc.
Ce qui fut le cœur de la ville se meurt.
 
Mais comme toujours Catorive semble vouloir renaître de ses cendres et depuis quelques années le quartier reprend vie, se sont construits sur les anciennes pâtures, des immeubles de logement, une maison de retraite et même sur l’ancien canal un lotissement habité par d’anciens mariniers.
Revanche du passé, Catorive est en passe de devenir un quartier résidentiel.