Retour vers l'accueil 

Histoire de la Confrérie des Charitables de Béthune



La Confrérie en 1937-1938


Le saint patron : Saint Eloi

Bien que le patron de la ville soit Saint Vaast, les Béthunois ont toujours invoqué Saint Eloi en temps de peste qui était sensé protéger des maladies contagieuses.
Ce saint, né vers 588 en Limousin, était un orfèvre habile. Le roi Clotaire lui confie de l’or pour réaliser un trône, le jeune Eloi, en fait deux ! Séduit par l’honnêteté de l’artiste et par sa piété, le roi le prend à son service, il le charge de gérer les finances royales. A la mort de Clotaire, son fils Dagobert lui succède et garde Saint Eloi auprès de lui. En 641, il devient évêque de Noyon et de Tournai. Il crée des monastères et avec ses missionnaires évangélise de nombreuses régions. Il meurt vers 660 à Noyon.
Ce personnage bien réel, a fini par devenir un héros de légende. Les maréchaux-ferrants et les forgerons le prirent comme saint patron en affirmant qu’il avait exercé ces métiers avant d’être orfèvre. De même, Saint Eloi qui était prié à l’origine pour guérir les chevaux (les maréchaux-ferrants donnaient les premiers soins aux animaux) est par glissement devenu le saint protecteur contre les épidémies.

La ville de Béthune en 1187

Béthune est déjà une cité importante. Située sur la Lawe qui se jette dans la Lys à La Gorgue, elle commerce avec Gand, Anvers, Cambrai, Valenciennes ou Bruges d’où elle fait venir du poisson (hareng et saumon), de la laine, des peaux, du sel, du vin et des épices en échange des productions locales, blé, avoine, grés, chaux ou drap.
Son puissant seigneur est avoué de l’abbaye St Vaast d’Arras.
La ville abrite alors un prieuré au Perroy, une abbatiale St Barthélémy, une abbaye au faubourg de St Pry et l’église des origines, dédiée à St Vaast, à Catorive.

C’est sans doute par le biais des mouvements de population générés par les échanges que la peste fait son apparition en 1187.

La fondation

La légende de la fondation de la confrérie raconte qu’en 1187, une épidémie de peste très virulente sévit dans la région, on appelait alors ainsi toute maladie contagieuse mortelle.
A l’automne de 1188, Béthune se désertifie, les habitants fuient, les cadavres s’amoncellent sans sépulture…

Au XIIe siècle, l’Eglise est parvenue à instaurer un rituel mortuaire et les défunts sont habituellement ensevelis par la famille ou les amis. Mais en temps d’épidémie, les volontaires
se font plus rares…
Une nuit, le 21 septembre 1188, deux hommes qui ne se connaissent pas, maréchaux-ferrants, font le même rêve : Saint Eloi leur apparaît et leur demande de créer une « Karité » destinée à l’ensevelissement des morts. Il leur dit aussi qu’ils doivent faire bénir un cierge de cire vierge et que celui-ci les préserva de la maladie. On ne sait pourquoi mais tous deux se mettent en marche l’un vers l’autre. Ils se rencontrent sur la commune actuelle de Beuvry, au lieudit Quinty. Ils ont pour nom Gauthier, forgeron à Béthune au faubourg de Saint Pry et Germon, forgeron à Beuvry. Après s’être salué, ils se racontent leur songe de la nuit précédente. Ne sachant quelle décision prendre, ils décident de s’en remettre à celui que tous considèrent comme avisé, le moine Rogon du couvent de Saint Pry à Béthune. Ayant entendu leur récit, celui-ci obtient de Robert V, alors seigneur de Béthune, l’autorisation de les laisser procéder aux inhumations. Quelques Béthunois se joignent à eux. Les choses rentrent dans l’ordre. La population entière demande bientôt à entrer dans la « Karité ».
Le cierge demandé par le saint est fondu, béni par Rogon et partagé entre Béthune et Beuvry.
L’épidémie régresse et disparaît. La ville est sauvée.


La source de Quinty lieu de rencontre des fondateurs

Après 1188, des privilèges commencent à être accordés aux membres de la Confrérie.
On sait ainsi qu’un cimetière est créé dans l’enceinte du Prieuré de St Pry pour y enterrer les « Karitaules » et que Robert V donne un terrain sur lequel est construite une chapelle dédiée à St Eloi qui sera la première « Chambre ». Cet édifice était surnommé la « chapelle à fers » car des fers à cheval ciselés étaient cloués sur la porte en guise d’ex-voto.
Les charitables, la peste passée, continuent à enterrer les morts gratuitement quelle que soit leur position sociale.

Quant aux dons qu’ils perçoivent des plus riches, ils les utilisent pour secourir les pauvres.

Les textes fondateurs

C’est Rogon, devenu prieur de l’abbaye de Saint Pry, qui établit le premier règlement de la Confrérie malheureusement perdu.
La « Karité » a pour mission de donner du pain aux pauvres, des soins aux malades, de consoler les mourants et d’ensevelir les morts.

Nous disposons par contre d'une charte de Bertrand, successeur de Rogon, établie en 1301, qui permet d’affirmer que la confrérie est alors respectée et reconnue par les autorités ecclésiastiques et même qu’elle bénéficie de privilèges particuliers.
En 1317, le 26 octobre, un document est rédigé par le prieur de l’abbaye de St Pry, il est connu sous le nom de « Lettre de Pierre de Nogent », écrit en roman mélangé de patois de la région, il est considéré comme la charte d’établissement des Charitables de la ville de Béthune.
Chaque année lors de la cérémonie qui célèbre la fondation de la « Karité », la lecture en est faîte
Cette épître, raconte l’histoire de Germon et Gauthier et énumère les privilèges accordés aux membres de la Confrérie. Elle fait référence au règlement de Rogon et on pense qu’elle en est plus ou moins la copie.

Une période faste : du XIIIe siècle aux Guerres de religion

Au XIIIe siècle est construite sur le lieu même de la rencontre de Germon et de Gauthier, une chapelle dite St Eloi des champs qui sera détruite pendant la Révolution.

L'actuelle chapelle de Quinty

Un hôpital est fondé sous le vocable de St Eloi et l’administration en est confiée à la Confrérie des charitables vers 1324. Cet établissement est destiné à accueillir les indigents âgés. Une chapelle y est établie. Les dons permettent d’y entretenir douze pauvres, hommes ou femmes.
Les femmes des confrères, dénommées les consœurs, sont chargées d'y recevoir les indigents de passage et les prêtres en voyage, on réserve pour cela 4 lits.
 

La Confrérie grâce aux legs et dons reçus est riche mais elle utilise cette fortune à aider les pauvres.
En 1574, un inventaire détaillé de ses biens est établi par un mayeur.
Elle possède des terres et reçoit des rentes et revenus notamment des seigneurs de Béthune et du prieur de St Pry.

Les temps incertains : des Guerres de religion à la Révolution

Vers la fin du XVIe siècle des changements surviennent.

La première chapelle de St Eloi tombe en ruine. Dans la même rue, se trouve une autre chapelle, celle de la Confrérie de St Nicolas, les Charitables demandent alors l’autorisation de venir s’y installer, ce qui leur est accordée.

De même l’hôpital doit être abandonné car les Confrères ne disposent plus de fonds pour y faire les réparations nécessaires.

Autre bouleversement : depuis quatre siècles tous les prévôts sont des maréchaux-ferrants, et pour la première fois en 1573, le nouveau prévôt n'est pas choisi dans cette corporation. Ce qui nous semble aujourd’hui insignifiant fut à l’époque un véritable événement, pour confirmer cette élection les Charitables consultent le « Magistrat » (ancien nom de la municipalité) de Béthune qui lui-même décide de convoquer des théologiens. On vérifie que rien dans la Charte n’oblige au choix d'un prévôt dans une seule corporation. Les maréchaux-ferrants, mécontents, intentent un procès. Finalement le Conseil Provincial d’Arras les déboute et met fin à ce privilège.
C’est ce prévôt d’un nouveau genre qui institue la tradition des méréaux ou « petits plombs », petites pièces rondes en plomb portant sur une face le millésime et le marteau de St Eloi et sur l’autre un fer à cheval au centre duquel est placé un globe. Quand la Confrérie reçoit des offrandes, elle donne en échange ces piécettes qui sont échangées lors des fêtes contre du pain béni.

En 1584, le pape Grégoire XIII accorde des indulgences aux Charitables, ce que confirmeront par la suite les papes Clément VIII et Urbain VIII.

A la fin du siècle, un chanoine de Cambrai, Charles du Cornet, natif de Béthune, fait un don à la Confrérie.
Il lui remet des os des bras de son saint patron qu’il a acquis auprès des religieuses de Lessines en Hainaut. C’est l’occasion de grandes fêtes. Les habitants de Béthune font des dons et la Confrérie peut faire exécuter un bras en argent pour les reliques.

Le culte de St Eloi est très prospère
à cette époque et on compte jusqu’à 66 confréries du même type dans la région au XVIe siècle.
Au XVIIe siècle la situation financière de la Confrérie est précaire. On décide donc de réduire les frais lors des fêtes traditionnelles, les processions sont réduites puis abandonnées, les banquets supprimés.
Cependant, des donateurs, ayant pris conscience des difficultés des Charitables, leur permettent de rétablir la situation.

En 1633, la région est de nouveau dévastée par la guerre. La peste refait son apparition et les charitables enterrent jusqu’à 41 pestiférés dans la même journée.

En 1643, le père Antoine Deslions écrit une « Histoire de l’institution, règles et privilèges de l’ancienne et miraculeuse Confrérie des Charitables de St Eloi ».

Une version complétée et actualisée est toujours remise aux nouveaux Charitables.

Quand la ville se rend à Gaston d’Orléans après le siège de 1645, le « Magistrat » négocie pour que la Chandelle miraculeuse de St Eloi et tous les objets appartenant à la Confrérie ne soient pas emmenés.

La confrérie continue à faire le bien mais les guerres, les famines, appauvrissent ses membres.

En 1648, ils demandent au roi de France de les aider à poursuivre les distributions de pain. Louis XIV leur fait remettre les rations de pain de munition nécessaires. Cette requête a été rédigée par Gille Jolly, sieur de la Vaux et receveur des finances des Etats d’Artois, on voit par là que les Charitables n’étaient pas que de pauvres artisans sans biens.

Le trésor de la Confrérie s’agrandit encore en 1695 quand est réalisée une effigie de St Eloi dite « Le corps d’argent ». La confrérie dispose de plus de ressources et les habitants ajoutant des dons à la somme dont dispose le Prévôt de l’époque, Nicolas de Baillencourt, et on peut faire réaliser un mi-corps en argent à Lille d'un poids de 2,5 kg. Il disparaîtra malheureusement dans la tourmente révolutionnaire et est aujourd’hui remplacé par une effigie en bois doré.

En 1739, un différend survient entre la Confrérie de St Nicolas et celle de St Eloi qui partagent depuis 150 ans la même chapelle. Le déplacement d’une armoire met le feu aux poudres et le Magistrat de Béthune donne gain de cause aux Charitables. La Confrérie de St Nicolas est dissoute et ses biens sont remis à l’autre Confrérie en 1747.

Les temps troubles de la Révolution
 
En 1793, pour se soumettre à un arrêté défendant de porter des habits spécifiques lors des enterrements, ils décident d’accomplir désormais leurs fonctions en habits civils. Jusqu’en 1796, les Charitables continuent à assumer leur mission. Pourtant leurs biens ont été confisqués, trois Confrères sont morts sur l’échafaud…
Mais les Béthunois, au plus fort de la tourmente, leur permettent de continuer à se réunir que ce soit chez le Prévôt ou dans leur chapelle.

François de Baillencourt, maire de la ville en 1793, dont la famille a donné plusieurs prévôts à la Confrérie, parvient à maintenir les traditions.
Alors que la Révolution semble s’assagir, le 1er septembre 1797 (15 fructidor an V), un arrêté de dissolution des confréries est rendu. Bien que toute réunion officielle leur soit interdite, les membres de la Confrérie continuent à se considérer liés et à poursuivre discrètement leur mission, qu’ils reprennent officiellement le 10 mai 1802 (20 floréal an X) quand l’autorisation en est donnée. En 1804 les Charitables revêtent de nouveau leur costume traditionnel.

Un nouvel âge d’or : le XIXe siècle.

Le XIXe siècle est celui des anniversaires, des jubilés, et des grandes fêtes.

En 1827, la chapelle de Quinty détruite pendant la Révolution est reconstruite et elle sera même agrandie en 1880.

Tout semble aller pour le mieux, toutefois en 1853, l’évêque d’Arras, Mgr Parisis, met en demeure les Charitables de se soumettre à la tutelle de l’Eglise ou de se dissoudre. Les confrères de Béthune choisissent de s’affirmer laïques refusant par avance les contraintes que pourrait leur imposer l’Eglise quant au « choix » des défunts à inhumer.

Quand le choléra fait des ravages en 1862, quand une catastrophe minière se produit en 1869, ils demeurent fidèles à leur mission et enterrent toutes les victimes.
La médaille d’honneur de la « Société d’encouragement au bien » leur est remise en 1876.

Le Président de la République, Sadi-Carnot, leur adresse ses félicitations personnelles.

En 1899, ils reçoivent la Couronne Civique de la même société.

La Confrérie et les guerres du XXe siècle

Béthune connaît des jours sombres pendant la Grande Guerre, la Confrérie poursuit son activité malgré le départ de nombreux jeunes hommes à la guerre. Les funérailles tant civiles que militaires, sont assurées par les Charitables disponibles et plus d’une fois les cortèges doivent s’abriter des bombes.
Le 9 février 1917, les Charitables de Béthune sont cités à l’ordre de l’Armée.
En avril 1918, la ville est évacuée et la Confrérie doit cesser ses activités mais les Charitables sont parmi les premiers à rentrer en ville.
Le 24 octobre 1918, la Confrérie est citée à l’ordre de la Nation. Voici le texte de la citation : « Depuis le début des hostilités et sans interruption, les Charitables ont assuré gratuitement le service des inhumations, par tous les temps et les pires bombardements, sous la pluie de la mitraille et des obus, à tous : catholiques, protestants, juifs, musulmans, libres-penseurs, sans distinction de confession, tantôt à l’aube, tantôt la nuit à la lanterne ».  

Le lieu de réunion de la Confrérie a été détruit par les bombardements de 1918 et la nouvelle Chambre ne voit le jour qu’en 1927.
En 1921, la chapelle St Eloi des champs, elle aussi endommagée pendant la guerre, est restaurée.
Sur le lieu de la rencontre de Germon et de Gauthier est érigée en septembre 1927 un monument de pierre blanche qui entoure la fontaine.

Un enterrement dans les années 30


Le 25 septembre 1938, on fête le 750e anniversaire de la « Karité » malgré les rumeurs de guerre.
Pour l’occasion, une imposante procession se rend à Quinty et la Messe est célébrée par l’évêque d’Arras, Mgr Dutoit.

En 1939, la ville se trouve de nouveau sur le chemin de l’invasion. Les Charitables sont de nouveau abondamment sollicités.

En 1940, une forte tempête renverse le clocher de la chapelle de Quinty mais les temps ne sont pas à la construction et il n’est pas remplacé..

Un an plus tard, le Prévôt adresse un message au maréchal Pétain. En échange celui-ci envoie un don de 2000 francs et écrit notamment « qu’il connaissait fort bien l’antique Confrérie et lui témoignait toute sa satisfaction pour l’œuvre si profonde et si importante des Charitables dont il appréciait hautement le bel esprit de charité et de dévouement ». Il est vrai que le chef de l’Etat était natif de Cauchy à la Tour, à 20 km de Béthune, et devait effectivement bien connaître l’institution.

Pendant toute la guerre, comme pendant la précédente, la Confrérie accomplit sa tâche sans faillir.

Depuis 1945 : les traditions préservées

Qu’en est-il de cette institution médiévale de nos jours ?

Les Charitables ont préservé toutes leurs traditions.

Le service demeure entièrement bénévole, seul le « massier », serviteur de la Confrérie qui loge dans la « chambre » est rémunéré.
Le produit des dons est toujours distribué aux pauvres ou utilisé aux frais de fonctionnement.
La devise, elle aussi,  est demeurée la même : « Exactitude - Union - Charité »
Une cinquantaine de membres est en activité. Le recrutement se fait par relations et il n’est fait aucune distinction de religion, d’opinion ou de fortune. Un Charitable s’engage pour une durée de 2 ans renouvelable.
Il signe sur un livre miraculeusement préservé, datant de 1728, et s’il est marié sa femme y appose également son accord.

La hiérarchie a conservé des appelations qui fleurent bon le Moyen-âge.
Le Vénérable doyen est ainsi entouré du Prévôt, élu pour deux ans, assisté de deux Mayeurs et du Chéri, qui est le dernier entré dans la Confrérie, d’un ordonnateur des cérémonies et du massier.
Le massier était celui qui autrefois, tapait le sol avec un lourd baton pour prévenir la population du passage d'un cortège.

Le service des funérailles a son rite :
Les charitables prennent le cercueil à la chapelle ardente, située au fond de l’église, le conduisent devant l’autel avec le prêtre
et se retirent ensuite.
A la fin de l’office, les Confrères viennent le chercher pour l’emmener au cimetière à pied suivi par le cortège funèbre.
Sur le chemin, tous les 50 pas, on change de porteurs, ils se saluent alors en prononçant les paroles traditionnelles « Requiescat in pace » qui sont remplacés par « sit nomen Domini benedictum » pour l’enterrement d’un enfant.
Au cimetière, quand le cercueil a été descendu dans la tombe, le massier doit dire : « Le corps est couvert, monsieur le Prévôt ». Le Prévôt ou le Mayeur qui le représente répond alors « Requiescat in pace ».
Ils se retirent alors pour se regrouper autour du rond à l’entrée du cimetière. C’est là que le Prévôt ou le Mayeur commence par distribuer les amendes (appelées bouquets) pour les fautes commises lors du service ou les retards, puis convoque les Confrères pour les enterrements à venir. Les Charitables doivent eux-même signaler leurs erreurs ou s'ils ne s'en sont pas aperçu, deux Confrères doivent les signaler.
Le cérémonial est le même pour tous les morts de la ville, qu’ils soient indigents ou riches, criminels ou honnêtes. En 1818 et en 1909, les condamnés à mort exécutés à Béthune furent ainsi enterrés selon ce rite.

Les Charitables de St Eloi ont aussi su conserver de nombreuses coutumes à commencer par deux grandes fêtes :
La semaine qui précède la St Jean, fixée au 24 juin, les Confrères parcourent les rues de la ville pour quêter. En échange des oboles, ils donnaient autrefois des méréaux. De nos jours, ils sont remplacés par des bons en carton qui permettent de venir le week-end suivant chercher à la "Chambre" des brioches dites « petits pains de St Eloi » qui ont été bénites par le doyen de Béthune. Le produit de cette quête sert à distribuer des bons de pain aux pauvres de la commune.


   La quête des "petits plombs"


En septembre, le dimanche le plus proche de la St Mathieu (le 21) a lieu, depuis 1660, la « Procession à Naviaux ». Les Charitables processionnent à travers les rues de Béthune, portant à la main un bâton orné de quelques fleurs, survivance d’une obligation du XIIe siècle qui contraignait quiconque avait touché un pestiféré à porter une baguette de coudrier pour se signaler, les fleurs rappellent elles, probablement, les parfums qu’on pensait autrefois efficaces contre la peste.
Parvenus à Quinty, ils rencontrent les Charitables de Beuvry
.

A l’entrée du parc créé autour de la fontaine du lieu, les deux Prévôts se donnent l’accolade.
Une messe est alors célébrée en plein air.
Après l’office, a lieu la lecture de la Charte médiévale.
Sont ensuite remises les médailles de la Confrérie aux Charitables



La "Procession à Naviaux"
.

On retourne alors en ville pour le traditionnel banquet où sont servis des « naviaux », c’est à dire des navets. Cette tradition vient de l’habitude qu’avaient autrefois les Confrères de manger après la cérémonie les navets ramassés dans les champs environnants.

Outre ces fêtes, d'autres traditions ont survécu :
Celle du « bouquet d’argent » tout d'abord : c’est un bouquet en argent, placé sous une vitrine qui est apporté à la femme d’un charitable à l’occasion d’une naissance. Il demeure 6 semaines chez le Confrère, près du berceau du bébé.
Le père doit offrir à cette occasion du vin blanc si c’est une fille ou du vin rouge pour un garçon.

Enfin, élément essentiel pour les Confréries de Béthune et de Beuvry : la « Sainte chandelle ». On dit que c’est Rogon qui la donna à Germon et Gauthier qui la partagèrent en deux parts égales.

On ne la laisse jamais fondre totalement. On ajoute par dessus une autre chandelle.
Elle brûle certains jours de l’année, le matin du début de la quête des petits plombs en juin, pendant la « procession à naviaux », pendant la messe qui est célébrée le lendemain de ce jour de fête pour les charitables défunts et le 1er décembre fête du saint patron de la Confrérie.

Elément le plus visible pour l’étranger de passage, le costume des Charitables.
Il a bien sûr évolué au fil du temps mais demeure actuellement celui qu’ils ont choisi au XIXe siècle : habit noir à queue de pie avec un mantelet à col plissé, une cravate blanche sur un rabat bleu, un bicorne et des gants blancs.

La confrérie a fêté il y a quelques années son huitième centenaire et la tradition affirme qu'aucun charitable n'a été atteint par les maladies, la prophétie de Saint Eloi :"Le fléau n'approchera point de vous ni même de vos demeures" semble bien s'être vérifiée.

Les Charitables de la famille au XIXe et au XXe siècle

François Charles Anno
(1845-1918)
I
-------------------------------------------------------------------------
Charles François Anno-Candat                                                 Jules Anno
                                            (1866-1949)                                                                                   
                                                                                                    I
                                                                                                          Jules Anno-Duquesnoy
                                                                                                     (1906-1985)
                                                                                                    I
                                                                                                       André Anno-Delmez
                                                                                                  (1929-)



Distribution des petits plombs le 24 juin 1910